Filii Mariae

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Continuing the Work of His Excellency Archbishop Marcel Lefebvre - Poursuite de l'Œuvre de Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre

Petit catéchisme du sédévacantisme

Posted by Filii Mariae on June 19 2014, 19:08pm

** ENGLISH TRANSLATION BELOW **

par Dominicus - Le sel de la terre No 79, hiver 2011-2012 ;

[en ligne — http://www.dominicainsavrille.fr/les-dominicains-davrille-sont-ils-devenus-sedevacantistes].

Une première édition de ce petit catéchisme a paru dans Le Sel de la terre 36. Cette deuxième édition, revue et notablement augmentée, tient compte des débats et des objections suscités par la première édition.

Introduction : entre Charybde et Scylla.

IL Y A dans le détroit de Messine, entre la Sicile et l’Italie, deux redoutables récifs : Charybde et Scylla. Il importe, pour traverser, d’éviter l’un et l’autre écueil. Bien des navigateurs imprudents ou inhabiles, voulant éviter l’un, ont fait naufrage sur l’autre : ils sont tombés de Charybde en Scylla.

Actuellement, devant la crise dans l’Église, il y a deux erreurs à éviter : le modernisme (qui peu à peu nous fait perdre la foi) et le sédévacantisme (qui tend vers le schisme). Si nous voulons rester catholiques, il faut passer entre l’hérésie et le schisme, entre Charybde et Scylla.

Dans ce « Petit catéchisme » nous étudions l’un des deux récifs. Mais il ne faut pas oublier l’autre. Il ne faut pas, sous prétexte d’éviter les dangers du

sédévacantisme, minimiser les dangers du modernisme véhiculé par l’Église conciliaire.

La position de Mgr Lefebvre

La position que nous allons exposer ici est celle de Mgr Lefebvre, et celle que, à Avrillé, nous avons toujours défendue. En voici un bref résumé :

1). Mgr Lefebvre s’est posé publiquement la question : Nous nous trouvons vraiment devant un dilemme excessivement grave, qui, je crois, n’a jamais été posé dans l’Église. Que celui qui est assis sur le Siège de Pierre participe à des cultes de faux dieux, je ne pense pas que cela ne soit jamais arrivé dans toute l’histoire de l’Église (Pâques 1986). Si quelqu’un dit que le pape est apostat, hérétique, schismatique, selon l’opinion probable des théologiens

(si c’était vrai), le pape ne serait plus pape et, par conséquent, nous serions dans la situation « Sede Vacante ». C’est une opinion ; je ne dis pas qu’elle ne puisse pas avoir quelques arguments en sa faveur, quelques probabilités (18-3-1977). Il n’est pas impossible que cette hypothèse soit un jour confirmée par l’Église. Car elle a pour elle des arguments sérieux. Nombreux en effet sont les actes de Paul VI qui, accomplis par un évêque ou un théologien, il y a vingt ans, eussent été condamnés comme suspects d’hérésie, favorisant l’hérésie (24-2-1977).

2). Toutefois, après réflexion, il a préféré la solution contraire : Mais je ne pense pas que ce soit la solution que nous devons prendre, que nous devons suivre. Pour le moment, je pense personnellement que ce serait une erreur de suivre cette hypothèse (18-3-1977). Mais cela ne veut pas dire pour autant que je sois absolument certain d’avoir raison dans la position que je prends ; je me place d’une façon prudentielle. C’est plutôt sous ce domaine-là que je me place, plus que sous le domaine purement théologique, purement théorique. Je pense que le bon Dieu nous demande d’avoir non seulement les idées claires au point de vue purement théorique et théologique, mais aussi dans la pratique, lorsque les choses sont très difficiles et sont délicates, et agir avec une certaine sagesse, une certaine prudence qui peut paraître un peu en contradiction avec certains principes, de n’être pas d’une logique absolue (5-10-1978). Tant que je n’ai pas l’évidence que le pape ne serait pas le pape, eh bien, j’ai la présomption pour lui, pour le pape. Je ne dis pas qu’il ne puisse pas y avoir des arguments qui peuvent mettre en doute dans certains cas. Mais il faut avoir l’évidence que ce n’est pas seulement un doute, un doute valable. Si l’argument était douteux, on n’a pas le droit de tirer de conséquences énormes ! (16-1-1979). La Fraternité Sacerdotale n’accepte pas [cette] solution, mais, appuyée sur l’histoire de l’Église et sur la doctrine des théologiens, pense que le pape peut favoriser la ruine de l’Église en choisissant et [en] laissant agir de mauvais collaborateurs, en signant des décrets qui n’engagent pas son infaillibilité, parfois même de son propre aveu, et qui causent un dommage considérable à l’Église. Rien n’est plus dangereux pour l’Église que des papes libéraux, qui sont dans une incohérence continuelle (13-9-1982). Dans la pratique, cela n’a pas d’influence sur notre conduite pratique, parce que nous rejetons fermement et courageusement tout ce qui est contraire à la foi, sans savoir d’où cela vient, sans savoir qui est le coupable (5-10-1978).

Questions et réponses

De quoi parlons-nous ?

— Qu’est-ce que le sédévacantisme ?

Le sédévacantisme est l’opinion de ceux qui pensent que les derniers papes, depuis le Concile, ne sont pas de vrais papes. En conséquence, le siège de Pierre n’est pas occupé, ce qui s’exprime en latin par la formule « Sede vacante ».

— D’où vient cette opinion ?

Cette opinion est occasionnée par la très grave crise qui se déroule dans l’Église depuis le dernier Concile, crise que Mgr Lefebvre appelait justement la « troisième guerre mondiale ».

Cette crise a pour cause principale la défaillance des pontifes romains qui enseignent ou laissent se propager les erreurs les plus graves sur les questions de l’œcuménisme, de la liberté religieuse, de la collégialité, etc.

Les sédévacantistes pensent que de vrais papes ne pourraient être responsables d’une telle crise, et par conséquent considèrent qu’ils ne sont pas de « vrais papes ».

— Pourriez-vous expliquer brièvement en quoi consiste cette crise dans l’Église ?

Je le ferai en citant l’abbé Gleize :

Ce qui parle le plus, ce sont tous les discours publiés régulièrement dans l’Osservatore Romano et qui réaffirment sans cesse le principe de la liberté religieuse, de la laïcité des États et de l’œcuménisme, principe qui est en contradiction formelle avec l’enseignement constant et unanime du magistère pontifical d’avant Vatican II. […]

Par le passé, il a pu arriver que des papes n’aient pas été à la hauteur de leur mission. Ils ont pu manquer une fois ou l’autre à leur rôle de pasteur, mettant en péril plus ou moins grave, plus ou moins direct, l’unité de la foi dans la sainte Église. Mais cette attitude s’explique pour des motifs d’ordre essentiellement moral. Aucun de ces papes ne fut attaché à l’erreur par conviction intellectuelle. Ils ont tous failli sans donner une adhésion foncièrement intellectuelle à l’erreur, et cela est venu tantôt d’un manque de courage au milieu de la persécution, comme chez Libère, tantôt d’une certaine naïveté et d’un excès de conciliation, comme chez Honorius et chez Vigile, tantôt enfin d’une sorte d’intempérance théologique comme chez Jean XXII. L’attitude la plus grave de toutes, celle du pape Honorius, a mérité la censure favens hæresim. Elle n’a pas valu à ce pape d’être condamné comme un hérétique formel. […]

Mais au regard de ces cas isolés, l’attitude constante de tous les papes depuis le concile Vatican II présente une tout autre allure. La prédication quotidienne des souverains pontifes est constamment entachée des faux principes de la liberté religieuse, de l’œcuménisme et de la collégialité. Ce sont des erreurs graves, et elles sont la conséquence de cette « hérésie du XXe siècle », pour reprendre l’expression de Monsieur Madiran, l’hérésie du néo-modernisme. Erreurs constantes et répétées, de Jean XXIII et Paul VI à Benoît XVI, erreurs qui ne sont pas la conséquence d’une faiblesse ou d’une naïveté passagères, mais qui sont au contraire l’expression d’une adhésion foncière de l’intelligence, l’affirmation d’une conviction mûrement réfléchie. Voilà pourquoi une pareille situation est bel et bien sans précédent. – cf. Abbé GLEIZE, Vu de Haut 14 (2008), p. 95-96.

— Tous les sédévacantistes sont-ils d’accord entre eux ?

Non, loin de là. Pour reprendre les termes d’un sédévacantiste : Dispersés, les « sédévacantistes » le sont au moins selon six lignes de clivage :

– vacance totale / vacance formelle et permanence matérielle (« thèse de Cassiciacum ») ;

– acceptation des sacres sans mandat apostolique / refus de ces sacres ;

– rejet hors de l’Église de tous ceux qui ne sont pas sédévacantistes / refus d’un tel rejet ;

– les lois ecclésiastiques gardent leur force impérative / les lois sont privées de force exécutoire ;

– acceptation du principe d’un conclave hors lignée romaine / refus d’une telle possibilité ;

– la vacance de l’autorité dure depuis la mort de Pie XII / depuis Pacem in

terris / depuis la mort de Jean XXIII / depuis la proclamation de la liberté religieuse (7 décembre 1965) [et notre sédévacantiste a oublié encore une théorie : depuis le remplacement de Paul VI par un sosie].

Cela nous donne, sauf erreur, 160 possibilités.

Mais ce qui est commun à tous les sédévacantistes, c’est qu’ils pensent qu’on ne doit pas prier publiquement pour le pape.

Les arguments sédévacantistes

— Sur quels arguments les sédévacantistes fondent-ils leurs théories ?

Ils ont des arguments a priori et des arguments a posteriori. A priori, disent-ils, le pape étant hérétique, il ne peut être vrai pape. Ce qui peut se prouver de manière théologique (un hérétique ne peut être chef de l’Église, or Jean-Paul II est hérétique, donc… ) ou de manière juridique (les lois de l’Église invalident l’élection d’un hérétique, or le cardinal Wojtyla – ou Ratzinger – était hérétique au moment de l’élection, donc…).

A priori, disent-ils encore, le « pape » actuel ayant été sacré évêque avec le nouveau rite de consécration épiscopale inventé par Paul VI, il n’est pas évêque. Or, pour être pape, il faut être évêque de Rome. Donc…

A posteriori, disent-ils enfin, on constate que des actes posés par les papes sont mauvais ou erronés alors qu’ils devraient être couverts par l’infaillibilité. C’est donc que ces papes ne sont pas vraiment papes.

L’argument théologique de l’hérésie du pape

— Mais n’est-il pas vrai qu’un pape qui devient hérétique perde le pontificat ?

Saint Robert Bellarmin dit qu’un pape qui deviendrait hérétique de façon formelle et manifeste perdrait le pontificat. Pour que cela s’applique à Jean-Paul II, il faudrait qu’il soit hérétique formel, c’est-à-dire refusant consciemment le magistère de l’Église ; et encore que cette hérésie formelle soit manifeste aux yeux de tous. Mais si les papes depuis Paul VI, et surtout Jean-Paul II, disent assez souvent des affirmations hérétiques ou qui conduisent à l’hérésie, il n’est pas facile de montrer qu’ils ont conscience de rejeter un dogme de l’Église. Et tant que l’on n’en a pas une preuve certaine, il est plus prudent de s’abstenir de juger. C’était la manière d’agir de Mgr Lefebvre.

— Un catholique qui serait convaincu que Jean-Paul II est hérétique de façon formelle et manifeste doit donc en conclure qu’il n’est plus pape ?

Non, car selon l’opinion « commune » (Suarez), voire « plus commune »

(Billuart), les théologiens pensent que même un pape hérétique peut continuer à exercer la papauté. Il faudrait, pour qu’il perde sa juridiction, une déclaration des évêques catholiques (seuls juges de la foi, en dehors du pape, de par la volonté divine) constatant l’hérésie du pape. « Selon l’opinion plus commune, le Christ, par une providence particulière, pour le bien commun et la tranquillité de l’Église, continue de donner juridiction à un pontife même manifestement hérétique, jusqu’à ce qu’il soit déclaré hérétique manifeste par l’Église » (Billuart, De Fide, diss. V, a. III, § 3, obj. 2). Or, dans une matière aussi grave, il n’est pas prudent d’aller contre l’opinion commune.

— Mais comment un hérétique, qui n’est plus membre de l’Église, peut-il en être son chef ou sa tête ?

Le père Garrigou-Lagrange, s’appuyant sur Billuart, explique dans son traité De Verbo Incarnato (p. 232) qu’un pape hérétique, tout en n’étant pas membre de l’Église, peut continuer à en être la tête. En effet, ce qui est impossible dans le cas d’une tête physique est possible (tout en étant anormal) pour une tête morale secondaire. « La raison en est que – tandis qu’une tête physique ne peut exercer d’influence sur les membres sans recevoir l’influx vital de l’âme –, une tête morale, comme l’est le pontife [romain], peut exercer une juridiction sur l’Église même s’il ne reçoit de l’âme de l’Église aucune influence de foi interne et de charité. »

En bref, le pape est constitué membre de l’Église par sa foi personnelle qu’il peut perdre, mais il est tête de l’Église visible par la juridiction et le pouvoir qui peuvent demeurer en même temps qu’une hérésie.

L’argument canonique de l’hérésie du pape

— Et que penser de leur argument canonique ?

Les sédévacantistes s’appuient sur la constitution apostolique Cum ex apostolatus du pape Paul IV (1555-1559). Mais de bonnes études ont montré que cette constitution avait perdu sa force juridique (même des prêtres sédévacantistes le reconnaissent : « On ne peut pas utiliser la bulle de Paul IV pour prouver que, actuellement, le Siège apostolique soit vacant, mais seulement pour prouver la possibilité que cela puisse arriver… » (Abbé F. RICOSSA, Sodalitium 36, mai-juin 1994, p. 57-58, note 1). Ce qui reste valide dans cette constitution est son aspect dogmatique. Et, par conséquent, on ne peut lui faire dire rien de plus que ce que dit l’argument théologique examiné précédemment.

— Pourtant le code dans l’édition de Gasparri (C.I.C. cum fontium annotatione, Romæ) se réfère en note à la constitution Cum ex apostolatus.

Ces notes du code dans l’édition de Gasparri mentionnent les sources du code. Mais cela ne signifie pas que toutes ses sources sont encore en vigueur !

Le code de 1917 dit dans son canon 6 (5°) que les peines dont il n’est pas fait mention dans le code sont abrogées. Or la constitution Cum ex

apostolatus était une loi pénale, puisqu’elle infligeait la privation d’un office ecclésiastique, et les peines qu’elle prévoyait ne sont pas reprises dans le code.

Il y a plus : avant même le nouveau code, saint Pie X avait déjà abrogé la constitution de Paul IV par sa constitution Vacante sede apostolica du 25 décembre 1904 (§ 29), qui déclare nulle toute censure pouvant enlever la voix active ou passive aux cardinaux du conclave. Et le canon 160 du code déclare que l’élection du pape est réglée uniquement par cette constitution de saint Pie X.

La constitution de Pie XII du 8 décembre 1945, Vacantis apostolicæ sedis, qui a remplacé celle de saint Pie X, reprend la même disposition à ce sujet :

« Aucun cardinal ne peut être exclu en aucune manière de l’élection active et passive du souverain pontife, sous aucun prétexte ni pour cause d’excommunication, de suspense, d’interdit ou d’autre empêchement ecclésiastique. Nous levons l’effet de ces censures pour ce genre d’élection seulement, leur conservant leur vigueur pour tout le reste » (n. 34).

L’argument de la nullité du sacre épiscopal du pape

— Certains sédévacantistes arguent que le pape actuel a été sacré évêque avec le nouveau rite inventé par Paul VI, rite qu’ils estiment invalide ; ainsi Benoît XVI ne serait-il pas évêque, ni non plus pape.

Le nouveau rituel de sacre épiscopal est issu d’une prière qu’on trouve dans la Tradition apostolique, un ouvrage qui serait l’œuvre de saint Hippolyte et daterait du début du IIIe siècle. Même si cette attribution est probable, elle n’est pas admise par tous : certains pensent qu’il s’agit d’une « compilation anonyme contenant des éléments d’âges différents ». Quant à saint Hippolyte, on pense qu’il fut antipape pendant quelque temps avant de se réconcilier avec le pape saint Pontien au moment de leur martyre commun (en 235). C’est du même ouvrage qu’est issu le canon numéro 2 de la nouvelle messe.

Toutefois, cette prière du sacre est reprise avec quelques variantes dans deux rites orientaux, le rite copte en usage en Égypte, et le rite syrien occidental, en usage notamment chez les maronites. Elle a donc été adoptée par les réformateurs postconciliaires pour manifester l’unité entre les traditions des trois grands patriarcats : Rome, Alexandrie, Antioche.

En raison de cette proximité avec deux rites catholiques, on ne peut affirmer que la prière de Paul VI est invalide.

— N’est-il pas vrai que le nouveau rite de Paul VI se rapproche du rite anglican qui a été déclaré invalide par Léon XIII ?

Il est vrai que le rite de Paul VI se rapproche du rite anglican. Mais pas du rite condamné par Léon XIII. Les Églises anglicane et épiscopalienne ont introduit elles aussi une nouvelle prière consécratoire, prise dans saint

Hippolyte, ceci dans le but d’avoir un rite acceptable pour les catholiques, après la condamnation des ordinations anglicanes par Léon XIII.

Les arguments a posteriori

— Les sédévacantistes ne pensent-ils pas trouver une confirmation de leur opinion dans les erreurs du Concile et la nocivité des lois liturgiques et canoniques de l’Église conciliaire ?

En effet, les sédévacantistes pensent généralement que l’enseignement du Concile aurait dû être couvert par l’infaillibilité du magistère ordinaire universel (MOU), et par conséquent ne devrait pas contenir d’erreur. Mais comme il y a des erreurs, par exemple sur la question de la liberté religieuse, ils en concluent que Paul VI avait cessé d’être pape à ce moment[1].

En réalité, si l’on acceptait ce raisonnement, il faudrait dire que toute l’Église catholique a disparu à ce moment, et que « les portes de l’enfer ont prévalu contre elle ». Car l’enseignement du magistère ordinaire universel est celui de tous les évêques, de toute l’Église enseignante.

Il est plus simple de penser que l’enseignement du Concile et de l’Église conciliaire n’est pas couvert par l’infaillibilité du magistère ordinaire universel pour les raisons expliquées dans l’article sur « l’autorité du

Concile » paru dans Le Sel de la terre 35 (hiver 2000-2001).

— Pouvez-vous résumer l’essentiel de cette argumentation ?

La raison principale pour laquelle l’enseignement conciliaire sur la liberté religieuse (par exemple) n’est pas couvert par le MOU, c’est que le magistère conciliaire ne se présente pas comme enseignant des vérités à croire ou à tenir de façon ferme et définitive. L’enseignement conciliaire ne se présente plus comme « nécessaire au salut » (c’est logique, puisque ceux qui le professent pensent qu’on peut se sauver même sans la foi catholique).

N’étant pas imposé avec autorité, cet enseignement n’est pas couvert par l’infaillibilité. On peut dire la même chose des lois liturgiques (la nouvelle messe ; les nouvelles canonisations…) et canoniques (le nouveau

Droit canon…) posées par les derniers papes : elles ne sont pas couvertes par l’infaillibilité, alors que normalement elles auraient dû l’être.

La thèse de Cassiciacum

— Pouvez-vous expliquer ce que signifie être pape « materialiter » ?

La principale difficulté du sédévacantisme, c’est d’expliquer comment l’Église peut continuer d’exister de façon visible (car elle a reçu de Notre-

Seigneur la promesse de durer jusqu’à la fin du monde), tout en étant privée de chef.

Les partisans de la thèse dite « de Cassiciacum » ont inventé une solution subtile : le pape actuel a été désigné validement pour être pape, mais il ne peut recevoir l’autorité papale, car il y a en lui un obstacle (« l’absence d’intention habituelle de procurer le bien de l’Église »). Il est pape materialiter, mais pas formaliter.

— Pouvez-vous détailler l’argumentation de cette « thèse » ?

Voici l’argumentation telle qu’elle est résumée par un prêtre qui la professe :

– Le point de départ est une induction : l’ensemble des actes de Paul VI (puisque c’était alors lui qui siégeait à Rome) concourent à la destruction de la religion catholique et à son remplacement par la religion de l’homme sous une forme de protestantisme larvé. D’où suit la certitude que Paul VI n’a pas l’intention habituelle de procurer le bien / fin de l’Église, qui est Jésus-Christ plenum gratiæ et veritatis.

– L’intention habituelle de procurer le bien de l’Église est condition nécessaire (l’ultime disposition) pour qu’un sujet élu pape reçoive communication de l’autorité pontificale qui le fait être avec Jésus-Christ, et tenir le rôle de son Vicaire sur la terre.

– En conséquence, Paul VI est dépourvu de toute autorité pontificale : il n’est pas pape formaliter ; il n’est pas Vicaire de Jésus-Christ. En un mot, il n’est pas pape[2].

– Ce qui nécessite d’affirmer que si Paul VI n’est pas pape formaliter, il le demeure cependant materialiter, comme simple sujet élu, assis sur le Siège pontifical, ni pape ni anti-pape.

— Est-ce que cette solution résout les difficultés du sédévacantisme « pur » ?

Elle ne résout pas la difficulté principale du sédévacantisme : comment l’Église peut-elle continuer à être visible ? Pour certains partisans de « la thèse », il n’y a plus de hiérarchie du tout (« les nominations des cardinaux et des évêques sont des actes de la juridiction pontificale, qui est précisément absente et que rien ne peut remplacer »). Pour d’autres, le pape materialiter aurait le pouvoir (comment ?) de constituer une hiérarchie materialiter. Mais une telle hiérarchie, privée de sa « forme », n’est pas la hiérarchie visible de l’Église (pas plus que la hiérarchie orthodoxe n’est la hiérarchie de l’Église).

Par ailleurs, cette théorie suscite de nouvelles difficultés – au moins pour ceux qui disent que le pape materialiter aurait le pouvoir de constituer une hiérarchie materialiter – car elle suppose que le pape materialiter, dénué d’autorité, aurait quand même assez d’autorité pour changer les lois de l’élection du pape.

— Que pensez-vous des arguments sur lesquels s’appuie cette solution ?

Cette solution n’est pas fondée dans la Tradition. Les théologiens (Cajetan, saint Robert Bellarmin, Jean de Saint-Thomas, etc.) ont examiné la possibilité d’un pape hérétique, mais aucun, avant le Concile, n’avait imaginé cette théorie de « l’absence d’intention habituelle de procurer le bien de l’Église » qui formerait un « obex » (empêchement) à recevoir « l’être-avec-le-Christ », forme de la papauté.

Elle joue sur une ambiguïté du mot « intention ». Les partisans de la thèse reconnaissent que l’intention doit être dans la personne du pape (« cette intention est l’ultime disposition du sujet pour recevoir communication de l’autorité pontificale »), mais en même temps ils affirment qu’il ne s’agit pas de l’intention personnelle du pape. Nous pouvons être d’accord avec eux quand ils disent que les papes récents nuisent au bien commun de l’Église – et c’est précisément ce qui fonde l’état de nécessité –, mais il reste à prouver que telle est vraiment l’intention personnelle des papes, et ensuite qu’une telle intention les prive de l’autorité.

La question de l’« una cum »

— Les sédévacantistes n’ont-ils pas raison de refuser de nommer le nom du pape à la messe pour manifester qu’ils ne sont pas en communion avec (« una cum ») un hérétique (au moins matériel) et ses hérésies ?

L’expression « una cum » dans le canon de la messe ne signifie pas qu’on se dise « en communion » avec la personne du pape et ses idées erronées, mais qu’on veut prier pour l’Église « et pour » le pape.

Pour s’en assurer, outre les études savantes produites sur le sujet, il suffit de lire la rubrique du missel pour le cas où un évêque célèbre la messe.

En effet, dans ce cas, l’évêque doit prier pour l’Église « una cum […] me

indigno servo tuo » ce qui ne veut pas dire qu’il prie « en union avec moi-même, votre indigne serviteur » (ce qui n’a pas de sens), mais qu’il prie « et pour moi-même, votre indigne serviteur ».

— Qu’en pense saint Thomas d’Aquin ?

Saint Thomas d’Aquin dans la Somme théologique, lorsqu’il commente les prières de la messe (III, q. 83, a. 4, corpus) équipare « l’una cum » avec l’expression « et pro » : Ensuite le prêtre commémore en silence [c’est le début du Canon] d’abord ceux pour qui ce sacrifice est offert, c’est-à-dire [il est offert] pour l’Église universelle, et pour « ceux qui sont constitués en dignité » [il s’agit du pape, de l’évêque, du roi] ; puis spécialement certains qui offrent ou pour qui ce sacrifice est offert [c’est le memento des vivants].

— Mais saint Thomas d’Aquin ne dit-il pas que, dans le canon, on ne doit pas prier pour les hérétiques ?

Saint Thomas d’Aquin n’interdit pas de prier pour les hérétiques, mais constate simplement que, dans les prières du canon de la messe, on prie pour ceux dont le Seigneur connaît la foi et a éprouvé l’attachement (quorum

tibi fides cognita est et nota devotio) (III q. 79, a. 7, ad 2). En effet, dit-il, pour que ce sacrifice obtienne son effet (effectum habet), il faut que ceux pour qui l’on prie soient « unis à la passion du Christ par la foi et la charité ». Mais il n’interdit pas pour autant de prier pour une personne non catholique. Cette prière n’aura pas la même efficacité que celle pour un catholique, et n’est pas prévue dans le canon.

Tout ce qu’on peut tirer de cette affirmation de saint Thomas d’Aquin, c’est que, si le pape est hérétique (ce qui reste à prouver), la prière pour lui n’a pas l’effet prévu, « non habet effectum ».

— Quelle réflexion finale tirer de ces discussions ?

Il ne convient pas de déclarer que « le pape n’est plus pape » (matériellement ou formellement) au nom d’une « opinion théologique ». Nous renvoyons à ce sujet à un intéressant article du Père Hurtaud, paru dans la Revue Thomiste. L’auteur montre que Savonarole pensait qu’Alexandre VI avait été élu de manière simoniaque et que, pour cette raison, il n’était pas pape. Toutefois, comme l’invalidité d’une élection simoniaque n’était qu’une opinion, Savonarole demandait la convocation d’un concile où il aurait apporté la preuve qu’Alexandre VI n’avait plus la foi catholique, et c’est de cette manière qu’on aurait constaté qu’Alexandre VI avait perdu la juridiction suprême.

— En conclusion, que faut-il penser du sédévacantisme ?

C’est une position qui n’est pas prouvée au niveau spéculatif, et c’est une imprudence de la tenir sur le plan pratique (imprudence qui peut avoir des conséquences très graves, pensons notamment à ceux qui se privent des sacrements sous prétexte qu’ils ne trouvent pas un prêtre ayant la même « opinion » qu’eux). C’est pourquoi Mgr Lefebvre ne s’est jamais engagé dans cette voie, et il a même interdit aux prêtres de sa Fraternité de professer le sédévacantisme. Nous devons faire confiance à sa prudence et à son sens théologique.

[1] Argumentation du père B. : 1. Le Magistère universel du Pontife romain, seul ou avec les évêques unis à lui en concile, est infaillible. — 2. Or, Paul VI, seul et en concile, a exercé selon toutes les apparences un tel magistère ; Jean-Paul II, qui en poursuit l’œuvre, également. — 3. Selon toutes les apparences, leur enseignement est donc infaillible. — 4. Or, une contradiction existe entre le contenu de ce qu’ils enseignent ou prescrivent pour l’Église universelle, et la doctrine définie antérieurement d’une manière irréformable. — 5. Étant donné que la proposition 1. est de foi, la conclusion s’impose : l’enseignement de Vatican II promulgué et appliqué par Paul VI et confirmé par Jean-Paul II n’est pas l’enseignement de l’Église, et ni Paul VI ni Jean-Paul II ne peuvent être reconnus comme papes.

[2] Ses actes sont donc dépourvus de toute autorité tant magistérielle que canonique ; du coup, on voit comment il n’est pas impossible que les actes de Paul VI soient contraires à la foi catholique et incompatibles avec l’autorité pontificale, et que l’affirmer n’est en rien nier les prérogatives d’un pape, en particulier son infaillibilité et sa juridiction universelle et immédiate. — Cependant, cette preuve ne dit rien de la personne de Paul VI, car l’intention qui lui est déniée n’est pas son intention personnelle (finis operantis, qui demeure hors de cause) mais l’intention objective qui est habituellement immanente à ses actes (finis operis). Elle ne permet donc pas d’affirmer que Paul VI est personnellement hors de l’Église catholique, pour raison de péché d’hérésie ou de schisme (note du défenseur de la « thèse »).

 

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Little Catechism on Sedevacantism

 

By Dominicus - Le sel de la terre No 79, winter 2011-2012 

 

A first edition of this little catechism appeared in Le Sel de la terre 36. This second edition, revised and noticeably enhanced, takes into account the debates and objections raised by the first edition.

 

Introduction: between Scylla and Charybdis
In the strait of Messina, between Sicily and Italy, there are two formidable reefs: Scylla and Charybdis. It is important, when crossing, to avoid both reefs. Many imprudent or unskilled navigators, wanting to avoid one, were shipwrecked on the other: they fell from Scylla to Charybdis.

Currently, facing the crisis in the Church, there are two errors to avoid: modernism (which, little by little, makes us lose the faith) and sedevacantism (which leans toward schism). If we want to remain Catholic, we must pass between heresy and schism, between Scylla and Charybdis.

In this “Short Catechism”, we study one of the two reefs. But the other must not be forgotten. Under pretext of avoiding the dangers of sedevacantism, the dangers of modernism disseminated by the conciliar Church must not be minimized.

 

The Position of Archbishop Lefebvre

The position that we are going to put forward is that of Archbishop. Lefebvre and that which, at Avrillé, we have always defended. Here is a short summary:

1) Abp. Lefebvre publicly asked himself the question: “We find ourselves truly before an excessively grave dilemma that, I think, has never arisen in the Church. That he who is seated on the Throne of Peter participates in religions of false gods, I do not think that this has ever occurred in the entire history of the Church (Easter 1986). If someone says that the pope is an apostate, a heretic, a schismatic, according to the probable opinion of the theologians (if it were true), the pope would no longer be pope and, consequently, we would be in the “Sede Vacante” situation. It is an opinion; I do not say that it cannot have some arguments in its favor” (18-3-1977). “It is not impossible that this hypothesis will one day be confirmed by the Church, for it has some serious arguments. Many indeed are the acts of Paul VI that, accomplished by a bishop or a theologian twenty years ago, would have been condemned as suspect of heresy, favoring heresy” (24-2-1977).

2) However, after reflection, he preferred the opposite solution: “But I do not think that it is the solution that we should take, that we should follow. For the moment, I personally think that it would be a mistake to follow this hypothesis” (18-3-1977). “But this does not mean, for all that, that I am absolutely sure to be correct in the position that I take; I am placing myself there in a prudential manner. It is rather under this area that I place myself, more than under the theological domain, purely theoretical. I think that God asks us to have clear ideas not only from a purely theoretical and theological viewpoint, but also in practice, when things are very difficult and delicate, and to act with a certain wisdom, a certain prudence that can seem a bit in contradiction with certain principles, not to be of pure logic” (5-10-1978). “As long as I do not have the proof that the pope is not the pope, well, I presume that he is, that he is pope. I do not say that there cannot be arguments that can put one in doubt in certain cases. But one must have the proof that it is not only a doubt, a valid doubt. If the argument is doubtful, we do not have the right to take enormous consequences away from it!” (16-1-1979). “The Priestly Society does not accept [this] solution, but, based on the history of the Church and the doctrine of the theologians, thinks that the pope can promote the ruin of the Church by choosing bad collaborators and letting them act, signing decrees that do not use his infallibility, sometimes even by his own admission, and that cause considerable damage to the Church. Nothing is more dangerous for the Church than liberal popes, who are in continual contradiction” (13-9-1982). “In practice, this does not have influence on our practical conduct, because we firmly and courageously reject all that is against the faith, without knowing from whence it comes, without knowing who is guilty” (5-10-1978).

 

Questions and Answers

What are we talking about?

What is sedevacantism?

Sedevacantism is the opinion of those who think that the most recent popes, since Second Vatican Council, are not true popes. Consequently, the See of Peter is not occupied, which is expressed in Latin by the formula sede vacante.

Where does this opinion come from?

This opinion was caused by the very grave crisis which has been occurring in the Church since the last Council, a crisis that Archbishop Lefebvre justly called "the third world war."

The main cause of the crisis has been the dereliction of the Roman Pontiffs, who teach or allow to be propagated very serious errors on the subjects of ecumenism, religious liberty, collegiality, etc.

The sedevacantists think that real popes could not be responsible for such a crisis, and consequently they consider them not to be "real popes”.

Could you briefly explain what the crisis in the Church consists of?

I will do this by quoting Fr. Gleize:

“That which speaks the most is all the speeches published in the Osservatore Romano that constantly reaffirm the principle of religious liberty, state secularism and ecumenism, a principle that is in formal contradiction with the constant and unanimous teaching of the pontifical magisterium from before Vatican II. […]

“In the past, it was possible that some popes were not equal to their mission. They could fail to keep, at one time or another, their pastoral role, putting in more or less serious, more or less direct danger the unity of the faith in the Holy Church. But this attitude explains itself for essentially moral reasons. None of these popes were attached to error by intellectual conviction. They all fell short without a fundamentally intellectual adherence to error, and this came sometimes from a lack of courage in the middle of persecution, such as with Liberius, sometimes from a certain naiveté and an excess of mediation, as with Honorius and Vigilius, sometimes even from a sort of theological intemperance as with John XXII. The most serious attitude of all, that of Pope Honorius, warranted the favens hæresim censure. It did not cause this pope to be condemned as a formal heretic […]

“But in view of these isolated cases, the consistent attitude of all the popes since the Second Vatican Council has an entirely different appearance. The daily preaching of these sovereign pontiffs is constantly spotted with false principles of religious liberty, ecumenism and collegiality. These are grave errors, and they are the consequence of this “heresy of the 20th century,” to use the expression of Madiran, the heresy of neo-modernism. Constant and repeated errors, from John XXIII and Paul VI to Benedict XVI, errors that are not the consequence of passing weakness or naiveté, but, on the contrary, are the expression of a fundamental adherence of the intelligence, the affirmation of an informed conviction. This is why such a situation is really and truly without precedent.” – cf. Fr. Gleize, Vu de Haut 14 (2008), p.95-96.

Do the sedevacantists agree amongst themselves?

No, far from it. To use the terms of a sedevacantist: the “sedevacantists” are scattered along at least six dividing lines:

  • Total vacancy / formal vacancy and material permanence (“Cassiciacum Thesis”);
  • Acceptance of consecrations without apostolic mandate / refusal of these consecrations;
  • Rejection out of the Church of all those who are not sedevacantists / refusal of such a rejection;
  • Ecclesiastical laws keep their imperative force / the laws are stripped of executory force;
  • Acceptance of the principle of a conclave outside of the Roman line / refusal of such a possibility;
  • Vacancy of authority has lasted since the death of Pius XII / since Pacem in terris / since the death of John XXIII / since the proclamation of religious liberty (December 7, 1965) [and our sedevacantist forgot yet one more theory: since the replacement of Paul VI by a double].

This gives us, unless I am mistaken, 160 possibilities.

But that which is common among all sedevacantists is that they think that one must not pray for the pope in public.

 

Sedevacantist Arguments

On what arguments do sedevacantists base their theories?

They have a priori arguments and a posteriori arguments. A priori, they say, the pope being a heretic, he cannot be a true pope, which can be proven in a theological manner (a heretic cannot be the head of the Church, but John Paul II is a heretic, therefore…) or in a legal manner (Church laws invalidate the election of a heretic, but Cardinal Wojtyla – or Ratzinger – was a heretic at the time of his election, therefore …).

A priori, they say again, the current “pope” was consecrated bishop with the new episcopal consecration rite invented by Paul VI, so he is not a bishop. But to be Pope, one must be Bishop of Rome. Therefore …

A posteriori, they say finally, we note that the actions taken by the popes are bad or erroneous, while they should be covered by infallibility. Therefore, these popes are not really popes.

 

The Theological Argument of the Heresy of the Pope

But isn’t it true that a pope who becomes a heretic loses the pontificate?

St. Robert Bellarmine says that a pope who formally and manifestly became a heretic would lose the pontificate. For that to apply to John Paul II, he would have to be a formal heretic, deliberately refusing the Church’s magisterium; and this formal heresy would have to be manifest in the eyes of all. But though the popes since Paul VI, and especially John Paul II, make heretical affirmations or statements that lead to heresy rather often, it cannot easily be shown that they are aware of rejecting a dogma of the Church. And as long as there is no sure proof, then it is more prudent to refrain from judging. This was Archbishop Lefebvre’s line of conduct.

If a Catholic were convinced that John Paul II is a formal, manifest heretic, should he then conclude that he is no longer pope?

No, he should not, because according to the "common" opinion (Suarez), or even the "more common" opinion (Billuart), theologians think that even a heretical pope can continue to exercise the papacy. For him to lose his jurisdiction, the Catholic bishops (the only judges in matters of faith besides the pope, by Divine will) would have to make a declaration denouncing the pope’s heresy.

“According to the more common opinion, Christ, by a particular providence, for the common good and the tranquility of the Church, continues to give jurisdiction to an even manifestly heretical pontiff until such time as he should be declared a manifest heretic by the Church” (Billuart, De Fide, diss. V, a. III, § 3, obj. 2).

Now, in so serious a matter, it is not prudent to go against the common opinion.

But how can a heretic, who is no longer a member of the Church, be its leader or head?

Fr. Garrigou-Lagrange, basing his reasoning on Billuart, explains in his treatise De Verbo Incarnato (p. 232) that a heretical pope, while no longer a member of the Church, can still be her head. Indeed, what is impossible in the case of a physical head is possible (albeit abnormal) for a secondary moral head. “The reason is that – whereas a physical head cannot influence the members without receiving the vital influx of the soul – a moral head, as is the [Roman] Pontiff, can exercise jurisdiction over the Church even if he does not receive from the soul of the Church any influx of interior faith or charity.”

In short, the pope is constituted a member of the Church by his personal faith, which he can lose, but he is head of the visible Church by jurisdiction and authority that can co-exist with heresy.

 

The Canonical Argument of the Heresy of the Pope

And what about their canonical argument?

The sedevacantists base their position on the apostolic constitution Cum ex Apostolatus of Pope Paul IV (1555-1559). But some good studies have shown that this constitution lost its legal force (even sedevacantist priests recognize it: “We cannot use the bull of Paul IV to prove that the Holy See is currently vacant, but only to prove the possibility that it can happen…” (Fr. F. Ricossa, Solalitium 36, May-June 1994, p. 57-58, note 1). That which remains valid in this constitution is its dogmatic aspect. And, consequently, it cannot be made to say more than the theological argument already examined.

Yet the code in the Gasparri edition (C.I.C. cum fontium annotatione, Romæ) refers in a note to the Cum ex apostolatus constitution.

These notes of the code in the Gasparri edition mention the sources of the code. But this does not mean that all of its sources are still in force!

The 1917 code says in Canon 6 (5°) that the punishments that are not mentioned in the code are abrogated. Now, the Cum ex apostolatus constitution was a penal law, because it inflicted the revocation of an ecclesiastical office, and the punishments that it prescribed were not picked up again in the code.

There is more: even before the new code, St. Pius X had already abrogated Paul IV’s constitution by his consitition Vacante sede apostolica of December 25, 1904 (§ 29), which declares null any censure able to remove the active or passive voice from the cardinals of the conclave. And Canon 160 of the code declares that the election of the pope is regulated only by this constitution of St. Pius X.

The constitution of Pius XII of December 8, 1945, Vacantis apostolicæ sedis, which replaced that of St. Pius X, takes the same position on this subject: “No cardinal may be excluded in any way from the active and passive election of the sovereign pontiff, under no pretext nor for cause of excommunication, suspension, interdiction or other ecclesiastical impediment. We lift the effect of these censures for this type of election only, keeping them in force for everything else” (n. 34).

 

The Argument of the Nullity of the Pope’s Episcopal Consecration

Some sedevacantists argue that the current pope was consecrated bishop with the new rite invented by Paul VI, a rite that they deem invalid; thus, Benedict XVI is not a bishop or pope.

The new ritual of episcopal consecration comes from a prayer found in Apostolic Tradition, a work apparently from St. Hippolytus and dating from the beginning of the third century. Even if this attribution is probably, it is not agreed upon by all; some think that it is an “anonymous compilation containing elements of different ages”. As for St. Hippolytus, he is thought to have been an antipope for some time before reconciling with Pope St. Pontian at the moment of their common martyrdom (in 235). It is from that same work that Canon number 2 of the new mass issues.

Yet, this prayer of the consecration is taken up again with a few variations in two oriental rites, the Coptic rite used in Egypt and the Eastern Syrian rite, used notably by the Maronites. It was therefore adopted by post-conciliar reformers to manifest the unity between the traditions of the three great patriarchates: Rome, Alexandria, Antioch.

By reason of this closeness to two Catholic rites, it cannot be affirmed that Paul VI’s prayer is invalid.

Isn’t it true that the new rite of Paul VI is close to the Anglican rite that was declared invalid by Leo XIII?

It is true that the rite of Paul VI is close to the Anglican rite, but not to the rite condemned by Leo XIII. The Anglican and Episcopalian churches also introduced a new consecratory prayer, taken from St. Hippolytus, with the aim to have a rite acceptable to Catholics, after the condemnation of the Anglican ordinations by Leo XIII.

 

A Posteriori Arguments

Don’t the sedevacantists claim to find a confirmation of their opinion in the errors of the Council and the harmful liturgical and canonical laws of the Conciliar Church?

Indeed, the sedevacantists think, in general, that the teaching of the Council should have been covered by the infallibility of the ordinary universal magisterium (OUM), and consequently should not contain any errors. But, since there are errors, for example, on religious liberty, they conclude that Paul VI had ceased to be pope at that moment.[1]

In reality, if one accepted this reasoning, then it would be necessary to say that the whole Catholic Church disappeared at that moment and that “the gates of hell had prevailed against her.” against her. For the teaching of the ordinary, universal magisterium is that of all the bishops, of the whole teaching Church.

It is simpler to think that the teaching of the Council and of the Conciliar Church is not covered by the infallibility of the ordinary, universal magisterium for the reasons explained in the article on “the authority of the Council” that appeared in Le Sel de la terre 35 (winter 2000-2001).

Can you summarize the essential parts of this argument?

The main reason for which conciliar teaching on religious liberty (for example) is not covered by the OUM is that the conciliar magisterium does not present itself as teaching truths to be believed or held in a firm and definitive manner. Conciliar teaching no longer presents itself as “necessary for salvation” (this is logical, since those who profess it think that it is possible to be saved even without the Catholic Faith).

Since it is not imposed with authority, this teaching is not covered by infallibility. The same thing can be said of liturgical laws (the new mass; new canonizations…) and canonical laws (the new Canon Law…) set forth by these latest popes: they are not covered by infallibility, although normally they should have been.

 

The Cassiciacum Thesis

Can you explain what is meant by being pope “materialiter”?

The main difficulty of sedevacantism is to explain how the Church can continue to exist in a visible manner (for she has received from Our Lord the promise that she will endure until the end of the world) while being deprived of her head.

The partisans of the so-called “Cassiciacum Thesis” have come up with a subtle solution: the current pope was validly designated as pope, but he did not receive the papal authority because there was an obstacle in him (heresy). He is pope materialiter, but not formaliter.

Can you detail the arguments of this “thesis”?

Here are the arguments as summarized by a priest who professes them:

  • The starting point is an induction: the acts of Paul VI (because it was he at that time who was reigning in Rome) contribute to the destruction of the Catholic religion and its replacement by the religion of man in the form of concealed Protestantism. From this comes the certitude that Paul VI does not have the usual intention of obtaining the good / end of the Church, which is Jesus Christ plenum gratiæ et veritatis.
  • The usual intention of obtaining the good of the Church is a necessary condition (the ultimate disposition) for a subject elected pope to receive the communication of pontifical authority with makes him to be with Jesus Christ and hold the role of His Vicar on Earth.
  • Consequently, Paul VI is devoid of all pontifical authority: he is not pope formaliter; he is not Vicar of Christ. In a word, he is not pope.[2]
  • This necessitates the affirmation that if Paul VI is not pope formaliter, he yet remains pope materialiter, as a simple elected subject, seated on the Pontifical Seat, neither pope nor anti-pope.

Does this solution resolve the difficulties of “pure” sedevacantism?

It does not resolve the main difficulty of sedevacantism: how can the Church continue to be visible? For some proponents of “the thesis”, there is no longer any hierarchy at all (“the nominations of cardinals and bishops are acts of pontifical jurisdiction, which is precisely absent and which nothing can replace”). For others, the pope materialiter has power (how?) to constitute a hierarchy materialiter. But such a hierarchy, devoid of its “form,” is not the visible hierarchy of the Church (no more than the Orthodox hierarchy is the hierarchy of the Church). Moreover, this theory sets off new difficulties – at least for those who say that the pope materialiter has the power to constitute a hierarchy materialiter – because it implies that the pope materialiter, devoid of authority, still has enough authority to change the laws on papal election.

What do you think of the arguments upon which this solution is based?

This solution is not founded on Tradition. Theologians (Cajetan, St. Robert Bellarmine, John of St. Thomas, etc.) examined the possibility of a heretical pope, but no one, prior to the Council, ever imagined this theory of “the absence of the usual intention to obtain the good of the Church” that would form an “obex” (obstacle) to receiving the “being-with-Christ,” the form of the papacy.

It plays on the ambiguity of the word “intention”. Proponents of the thesis recognize that the intention must be in the person of the pope (“this intention is the ultimate disposition of the subject to receive communication of the pontifical authority”), but at the same time they affirm that it has nothing to do with the personal intention of the pope. We can agree with them when they say that recent popes harm the common good of the Church – and that is precisely what created the state of necessity – but it remains to be proven that such is truly the personal intention of the popes, and then that such an intention deprives them of authority.

 

The “Una Cum” Question

Aren’t the sedevacantists right to refuse to name the pope at Mass in order to show that they are not in communion with ("una cum") a heretic (at least materially) and his heresies?

The expression “una cum” in the Canon of the Mass does not mean that one affirms that he is “in communion” with the person of the pope and his erroneous ideas, but rather that one wants to pray for the Church “and for” the pope.

In order to be sure of this interpretation, in addition to reading the erudite studies that have been made on this point, it is enough to read the rubric of the missal for the case of a bishop celebrating Mass. In this case, the bishop must pray for the Church “una cum […] me indigno servo tuo,” which does not mean that he prays “in communion with myself, your unworthy servant” (which does not make sense!), but that he prays “and for myself, your unworthy servant.”

What does St. Thomas Aquinas think of this?

St. Thomas Aquinas in his Summa Theologica, when he comments on the prayers of the Mass (III, Q. 83, A. 4, corpus) equates “una cum” with the expression “et pro”: then the priest commemorates in silence [it is the beginning of the Canon] first those for whom the sacrifice is offered, that is [it is offered] for the Universal Church, and for “those who constitute it in dignity” [the pope, the bishop, the king]; then particular some who offer or for whom this sacrifice is offered [the memento of the living].

But doesn’t St. Thomas Aquinas say that in the Canon one should not pray for heretics?

St. Thomas Aquinas does not prohibit praying for heretics, but merely observes that, in the prayers of the Canon of the Mass, one prays for those whose faith and devotion are known to and tested by the Lord  (quorum tibi fides cognita est et nota devotio) (III, Q. 79, A. 7, ad 2). For, he says, in order for this sacrifice to obtain its effect (effectum habet), those for whom one prays must be "united to the passion of Christ by faith and charity." But he does not forbid praying for a non-Catholic. He only means that this prayer will not have the same efficacy as one for a Catholic, and is not provided for in the Canon.

All that can be concluded from this affirmation of St. Thomas is that, if the pope is a heretic (which remains to be proven), then the prayer for him will not have the foreseen effect, "non habet effectum".

What final reflection can be taken from these discussions?

It is not suitable to declare that “the Pope is not pope” (materially or formally) in the name of a “theological opinion”. On this subject, we refer to an interesting article by Fr. Hurtaud that appeared in the Revue Thomiste. The author shows that Savonarole thought that Alexander VI had been elected with simony and, for this reason, he was not pope. However, as the invalidity of a “simonous” election was only an opinion, Savonarole asked for the convocation of a council where he brought proof that Alexander VI no longer had the Catholic Faith, and it is in this way that it was certified that Alexander VI had lost supreme jurisdiction.

In conclusion, what should we think of sedevacantism?

It is a position that has not been proven speculatively, and it is imprudent to hold it practically (imprudence that can have very serious consequences – think, notably, of people who deprive themselves of the sacraments on the pretext that they cannot find a priest who has the same “opinion” as they do). That is why Archbishop Lefebvre never entered onto this path, and he even forbade the priests of his Society to profess sedevacantism. We should trust in his prudence and theological sense.

 

Translated from the original French article (online: http://www.dominicainsavrille.fr/les-dominicains-davrille-sont-ils-devenus-sedevacantistes). You are welcome to republish this translation. Please mention both the original source and the source of this translation: http://filiimariae.over-blog.com.

 

[1] Argument of Fr. B.: 1. The Universal Magisterium of the Roman Pontiff, alone or with the bishops united to him in the council, is infallible. – 2. Now, Paul VI, alone and in the council, exercised such a magisterium by all appearances; John Paul II, who carries on the work, also. – 3. By all appearances, their teaching is therefore infallible. – 4. Now, a contradiction exists between the content of that which they teach or prescribe for the Universal Church, and the doctrine defined before in an irreformable manner. – 5. Given that proposal 1 is of faith, the conclusion is forced: the teaching of Vatican II promulgated and applied by Paul VI and confirmed by John Paul II is not the teaching of the Church, and neither Paul VI nor John Paul II can be recognized as popes.

[2] His acts are therefore devoid of all authority, magisterial as well as canonical; as a result, it can be seen how it is not impossible that the acts of Paul VI are contrary to the Catholic Faith and incompatible with pontifical authority, and that to affirm it is not on any way denying the prerogatives of a pope, in particular his infallibility and his universal and immediate jurisdiction. – However, this proof says nothing about the person of Paul VI, because the intention that is denied him is not his personal intention (finis operantis, which remains out of the picture) but the objective intention that is usually imminent to his actions (finis operis). It therefore does not allow it to be affirmed that Paul VI is personally outside the Catholic Church for reason of a sin of heresy or schism (note from the defender of the “thesis”).

Petit catéchisme du sédévacantisme

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